"Prête et impatiente", Narymane Benloucif Berche, championne d'Europe, défend sa ceinture ce samedi à Auch

La ville d’Auch s’apprête à vibrer avec une grande soirée de boxe anglaise, organisée par le Ring Auscitain ce samedi 23 mai. Avec plus d’une dizaine de combats amateurs au programme, avant l’événement principal de la soirée : une défense de ceinture européenne. Narymane Benloucif Berche, devenue en début d’année championne d’Europe des poids super-coqs, défendra son titre européen. La boxeuse de 33 ans, licenciée au Boxum Toulouse, et qui s’entraîne occasionnellement à Auch, affrontera une autre Française : la Nantaise Sacha Morice. Elle a hâte d’en découdre. Entretien :

Narymane, vous remettez en jeu votre ceinture de championne d’Europe ce samedi. Comment s’est passée votre préparation pour cette échéance capitale ?

« J’ai eu la possibilité de faire une bonne préparation de trois mois. Je me sens vraiment bien physiquement. Tous les compteurs sont au vert. Je suis prête et impatiente. »

Votre parcours est assez atypique : vous avez commencé la boxe tardivement. Comment est venue cette passion pour la boxe ?

"J’ai découvert la boxe à 23 ans. Suite au décès de mon frère, j'avais vraiment besoin de trouver un exutoire pour m’aider à me reconstruire. Ça a été une vraie révélation pour moi. Ça m’a permis de prendre confiance en moi, de me découvrir aussi en tant que sportive et d’avoir un fil conducteur. J’ai eu une période compliquée, où les décès se sont enchaînés dans la sphère familiale, avec notamment la perte de ma maman. Et la boxe a toujours été l’élément moteur qui m’a permis de relever la tête. Aujourd’hui toutes ces épreuves que j’ai pu traverser sont aussi ma force sur le ring."

Une carrière de boxeuse professionnelle, que vous combinez à une activité professionnelle prenante ainsi qu’à votre quotidien de mère de famille : ce n’est pas trop dur de réussir à tout concilier ?

"Je ne vais pas vous le cacher : c’est un combat de tous les jours. Je suis boxeuse professionnelle, mais je travaille à côté en tant qu’éducatrice à la protection judiciaire de la jeunesse en milieu carcéral, et je suis également maman. Il y a vraiment trois grands pans de ma vie à organiser au quotidien. Et c’est vrai que ce n’est pas toujours évident. Le soir, je suis bien fatiguée, car j’ai peu de secondes de répit dans mes journées. Mais ça correspond aussi à mon tempérament : j’aime être en action en permanence. J’ai la chance d’être quelqu’un de très organisé, ça me permet de réussir à tout allier. Cette carrière de boxeuse professionnelle impose forcément des sacrifices et une rigueur au quotidien."

Qu’est-ce qui vous a motivée à organiser ce combat à Auch ?

"J’avais vraiment envie de défendre cette ceinture en Occitanie, dans ma région. Je connais très bien John, l’entraîneur du Ring Auscitain, mais aussi Lydie Bialic, qui est boxeuse professionnelle au sein du club. On a longtemps croisé les gants ensemble. Du coup, les choses se sont faites un peu naturellement. En discutant avec John, il m'a soumis l'idée de le faire à Auch. Et on a trouvé cette date du 23 mai pour cette affiche. Je suis très contente de combattre ici, d'autant que je viens de temps en temps m’entraîner à Auch. Il y a de très bonnes boxeuses dans le club. Je viens aussi voir John, qui m’épaule dans mon staff, pour qu’il puisse voir comment j’évolue. "

Vous avez été championne de France. Ce titre de championne d’Europe représente-t-il un tremplin dans votre carrière ?

" On m’avait dit, quand je suis devenue championne de France, que ça allait changer ma carrière. Mais je l’ai vraiment mesuré avec ce titre de championne d’Europe. Des portes s’ouvrent, et il y a aussi une confiance en moi, d’un point de vue sportif, qui a changé. Je me sens plus libérée, je tente plus de choses, ma boxe a évolué. Mais je suis consciente que ce n’est qu’une étape. Il faut voir plus loin pour pouvoir viser encore plus haut dans les mois et les années à venir. "

En cas de victoire samedi sur le ring, quelle serait la suite ?

"La suite, en cas de victoire, ce serait l’idée d’un championnat du monde, de viser encore plus haut. Je me sens capable, je suis en pleine forme physique. Je me dis qu’il faut croire en ses rêves et se dire que tout est possible. "

Vous défendrez votre ceinture face à une compatriote, Sacha Morice. C’est une boxeuse que vous connaissez ?

"On se connaît un peu toutes, au haut niveau en France, dans le milieu de la boxe anglaise. Sacha est une fille que je connais et que j’apprécie, mais le 23 mai, il ne pourra y avoir qu’une seule gagnante. On va mener une vraie guerre sur le ring pour arracher la victoire."

On voit la boxe se féminiser de plus en plus. Ce titre vous permet-il aussi de véhiculer des messages ?

"J’ai vu ce que la boxe m’a apporté en matière de confiance en moi, de gestion de l’espace, de la vie quotidienne, sur tellement d’aspects que, pour moi, c’est vraiment important que toutes les femmes puissent entrer un jour dans une salle de boxe sans appréhension, sans se dire qu’elles ne sont pas à leur place ou que c’est un sport réservé aux hommes. L’idée de populariser la boxe féminine est très importante pour moi, et plus généralement le sport au féminin. On parle beaucoup aujourd’hui de sport-santé, du fait que pratiquer une activité physique est un véritable équilibre dans la vie. Le sport, c’est se faire du bien, penser à soi et se permettre d’ouvrir plein de belles portes."

Informations pratiques :

La pesée officielle des boxeurs et boxeuses aura lieu ce vendredi 22 mai à partir de 18h sur le parvis de la Cathédrale Sainte-Marie d'Auch. Un événement ouvert au public, avec une animation musicale proposée. 

Le gala lui débutera samedi à partir de 19h. Entrée payante : 15€ gradins, 20€ chaises bord du ring. 

E.R