Une Gersoise porte haut le béret français

Rosabelle Forzy est originaire de Préchac, près de Fleurance. Si la globalité de son parcours de vie se concentre sur le Gers, celle qui exerçait il y peu de temps encore dans l'informatique, a fait le choix de racheter une entreprise du Béarn, presque au cœur du patrimoine français.
 
L'histoire remonte à 2012. Le béret est délaissé depuis quelques années par les Français et la maison Laulhère, fondée à la fin XVIIIe siècle, est contrainte de déposer le bilan. Rosabelle, la fille d'un Gersois lui-même entrepreneur, sait dans quoi elle met les pieds en rachetant l'entreprise. Un vrai pari puisque cette entreprise s'est spécialisée dans la production de béret en 1840. Le marché est porteur pendant des décennies mais la à la fin du XX e siècle, seule une dizaine de fabriques de bérets tiennent encore debout dans le secteur d'Oloron-Saine-Marie, l'un des temples du béret. Cette surreprésentation, à l'époque, faisait profiter le bassin du quasi plein-emploi. Mais la fin du service militaire en 1996 fait flancher les ventes et la descente aux enfers commence pour les gérants de fabrique : deux ans après le rachat de l'entreprise, la maison Laulhère est la dernière fabrique historique de bérets en France. « 90% des personnes ne comprenaient pas notre choix mais on avait un imaginaire autour de ce produit. Mine de rien, ce béret fait partie de notre histoire. Le béret c'était le Che, Bonnie and Clyde, les Black panthers. Je sentais qu'on allait rendre de la noblesse à ce produit ». Aujourd'hui, l'entreprise emploie 58 personnes, produit 250 000 bérets chaque année et cherche encore à s'exporter. Pourtant rien ne prédestinait Rosabelle à entrer dans ce secteur.
 
« J'ai pris l'histoire en pleine figure »
 
Avant de se faire une place dans le monde de l'entrepreneuriat, Rosabelle se prêtait au domaine de l'informatique. Mais... « Bien avant la crise sanitaire, j'ai soudainement ressenti le besoin d'un retour à l'essentiel et cette opportunité faisait sens. Dans ces lieux de fabrique, vous prenez toute une histoire en pleine figure. Il y a un passé, un savoir-faire, une passion. J'étais séduite par l'idée mais surtout persuadée de la viabilité du produit ».
 
L'étranger, 50% de la clientèle
Si les Français ont boycotté pendant de nombreuses années le béret, les étrangers eux, le plébiscitent. Surtout en Asie. « La moitié de ma clientèle est représentée par des étrangers. La clientèle française avait une vision archaïque du béret, mais les étrangers trouvent ça magnifique, très "frenchie" ». Japon, Corée-du-Sud, Etats-Unis : voilà les trois mastodontes de la consommation du béret gascon. « Au Japon, beaucoup de personnes le portent, peut-être qu'un jour nous aurons une fabrique là-bas », dit en souriant Rosabelle.
Ce projet, il faudra le faire patienter. La direction de la maison Laulhère travaille déjà à la refonte de l'usine et garde un œil attentif aux quatre dernières boutiques acquises depuis 2018. « Il faut qu'elles digèrent la Covid, et on repartira de plus belle ».
 
N.M