Après une fin de carrière internationale douloureuse, la rugbywoman Lise Arricastre se lance dans un tour du Gers à vélo pour "se ressourcer"

28 août 2022 - 06:00

Vous l'avez sûrement croisé sur les routes du Gers ces derniers jours sur son vélo sans forcément la reconnaître avec son casque. La Gersoise, Lise Arriscastre (31 ans), 72 sélections avec le XV de France, a laissé de côté les terrains pendant une dizaine de jours, pour réaliser un tour du Gers à vélo. Après avoir vécu des derniers mois difficiles, non retenue pour participer au prochain Mondial, la poussant à prendre sa retraite internationale, elle a souhaité se ressourcer sur ses terres natales, au travers un projet "culturo-sportif". Entretien.

Lise, qu'est-ce qui vous a motivée à vous lancer dans cette aventure ?  

“Après l'arrêt forcé de ma carrière internationale, j'avais envie d'un nouveau projet sportif et humain. Je me suis dit pourquoi pas faire une partie du Gers à vélo et faire découvrir notre beau département aux personnes qui me suivent sur les réseaux sociaux. Beaucoup s'imaginent le Gers ravitaillé par les corbeaux. Ce n’est pas faux d'un côté, mais on a aussi tellement de beaux monuments et de beaux paysages. J'avais vraiment envie de pouvoir faire connaître tous ses beaux endroits et peut-être donner envie à ecertaine quelques jours chez nous.”

Vous en avez appris davantage sur votre département d'origine ? 

“Oui, preuve en est j'ai parcouru des villages que je ne connaissais absolument pas, il y a des villages qui ne sont même pas marqués sur une carte. Même si on dit appartenir à un département, on ne peut pas tout connaître. C'est ça que je trouve génial, c'est d'aller à l'aventure guidée par les découvertes. J'avais tracé quelques villages à voir et parfois je vois une ruine, ou un endroit qui me tape à l’œil au loin, c'est l'avantage du vélo je fais demi-tour je prends des petits chemins, j'immortalise le moment, je repars pour trouver de nouveaux endroits. Il y a vraiment de beaux monuments dans tous nos villages.”

 Comment vous avez préparé ce périple ?

“ Je n’ai pas voulu trop le préparer, c'est vraiment à l'aventure avec 4 sacoches sur le vélo. J'ai pris le soin de ne pas me charger non plus parce qu'il faut le pousser derrière l'engin, car je n’ai pas d'assistance électrique, contrairement à ce que certaines mauvaises langues ont prétendu (rires). Physiquement, j'ai beau être prête par rapport à toute ma préparation physique, on se rend vite compte que chaque sport est différent. Depuis plusieurs jours, je sollicite énormément le bas de mon corps, même si j'ai plus ou moins l'habitude, je ne pensais pas que ça allait autant tirer (rires).”

Vous avez fait de belles rencontres lors de votre parcours ?  

"Je suis vraiment surprise. Je ne pensais pas que ce périple allait générer autant d'engouements. Souvent lors de mes trajets, je m'arrête caresser des chiens, photographier des fermes. Et le soir, sur les réseaux-sociaux, je reçois des messages, "tu as pris en photo mon chien ou ma ferme, tu aurais du t'arrêter prendre un café". Autre anecdote sympa, jeudi, je vois une voiture décélérer à ma hauteur. C'était un papa et sa petite fille qui joue à Auch et qui m'avait reconnu. Ils se sont arrêtés sur le-bas-côté et on a discuté de longues minutes de rugby. Je trouve ça vraiment sympa de voir que malgré le fait que je joue depuis 17 ans dans le Béarn, dans le Gers beaucoup de gens suivent ma carrière. Je trouve ça vraiment flatteur et tellement beau. Je me rends compte que j'ai quand même eu une belle carrière et beaucoup de gens en ont conscience."

Est-ce que vous êtes fixées des objectifs particuliers au travers ce projet ? 

“Je n'ai pas voulu me fixer d'objectifs en particulier. J'ai souhaité être libre, sans contrainte ni horaires, avec comme seule mission : d'avancer et de découvrir. J'avais vraiment besoin de lâcher les chevaux et de profiter. C'est plus pour moi une période de rebond que de vacances. Ce périple correspond à une transition entre la fin de ma carrière internationale et un début de vie un peu plus simple, même si j'ai besoin de certains défis, preuve en est. Je sais que certaines copines ont repris l'entraînement ces derniers jours, moi j'avais vraiment de stopper le rugby parce que même si je vois aujourd'hui que du positif à ce changement de vie, ça reste une phase encore difficile."

On sent ce besoin de souffler du rugby, ces derniers mois ont été difficiles avec cette retraite internationale forcée après la non-reconduction de votre contrat fédéral et cette non-sélection pour la coupe du monde à la fin de l'année, la blessure est encore profonde ?  

“Oui, car je reste une compétitrice. J'ai légué toute ma vie de jeune adulte pour le rugby, j'ai fait de nombreux sacrifices. Je tiens toutefois à relativiser, ça n'a pas été un choix difficile non plus, j'ai vécu de très beaux moments. Malgré quelques pépins physiques rencontrés récemment, je savais que j'étais encore en forme et sur le terrain efficace. Maintenant, c'est un choix du staff. Revenir dessus, ça ne servirait à rien. Il faut savoir avancer, garder le positif. Marmonner dans son coin ça ne sert à pas grand-chose. C'est quand même encore compliqué, on se rend compte que la plaie est encore un peu ouverte. Maintenant, je vis de belles choses à côté, et j'en aurais encore d'autres à venir.”

La page est définitivement tournée avec le XV de France ? 

Si vous avez pris votre retraite internationale, vous poursuivez encore l'aventure avec votre club, c'est votre dernière saison ? 

“Je ne sais pas du tout, je suis dans le déni total. Je tiens à voir comment la saison va se passer. Je vis ma carrière aujourd'hui un peu au jour le jour. Je suis quasiment sûr de finir ma carrière dans ce club-là, mais quand ? Je ne sais pas, je veux juste prendre la décision moi et que ça ne soit pas mon corps qui me contraint d'arrêter.”

E.R 

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