Gers : des salaires non versés depuis octobre, un patron injoignable, le calvaire des employés de la Générale des Services d'Auch

20 décembre 2022 - 14:06

"Il me doit plus de 3000€, moralement c'est plus possible, je ne dors pas, je mange très peu" en rejoignant l'Agence de la générale des Services d'Auch, entreprise de services à la personne, en juillet 2022 comme responsable de secteur, Agnès Boucher ne s'imaginait pas vivre la situation qu'elle vit aujourd'hui. En quelques semaines, cette mère de 5 enfants est passée du rêve au cauchemar.

"Je suis arrivé dans l'entreprise le 25 juillet dernier, ce poste était vraiment une belle opportunité. Mais, dès le mois d'août, il y a commencé à y avoir des retards de paiement. On a été payé en août le 17 du mois. Pour le mois de septembre, on a été payé le 26 octobre. Et depuis le mois d'octobre, on est plus payé du tout", se désole Agnès, seule employée à plein temps de l'agence, qui compte au total 11 salariés, dont dix intervenants en équivalent temps plein.

Un patron aux abonnés absents, des salariés "épuisés moralement et financièrement"

Depuis plusieurs semaines, le directeur de cette agence franchisée M.Doré, propriétaire également d'une agence à Toulouse, est injoignable. « Depuis le 31 août, on a plus aucune nouvelle. La semaine avant cette date, je l'ai vu trois fois, il m'a indiqué qu'il partait en vacances et qu'il m'appellerait pour faire des points. Entre-temps, j'ai pris des rendez-vous avec des clients à son retour de vacances qui n'a jamais honoré. J'ai essayé de le joindre à de multiples reprises par téléphone, par mail, mais je n'ai jamais réussi à l'avoir". Selon la salariée, le directeur aurait été aperçu à plusieurs reprises récemment dans son autre agence à Toulouse. "Le propriétaire du local à Toulouse m'a appelé et m'a dit qu'il avait vu à plusieurs reprises. Il lui a dit que l'agence marchait très bien à Toulouse, avec beaucoup de contrats." Contacté à plusieurs reprises, M.Doré est resté injoignable face à nos différentes sollicitations. 

"Mes enfants sont obligés de me faire les courses"

Une situation qui pèse sur le moral des 11 salariés, mais surtout sur les finances, d'autant plus en cette période d'inflation galopante. À quelques jours de Noël, Agnès a prévenu ses enfants et ses cinq jeunes petits-enfants que les cadeaux seront bien maigres sous le sapin cette année face à la situation.

"Il ne nous fournit plus de fiches de paye depuis plusieurs mois, donc moi j'ai eu une suspension de la CAF d'APL. J'arrive à payer mon loyer grâce à mon allocation adulte handicapé (AAH). Mais une fois payé mon loyer, il ne me reste plus rien pour vivre. Récemment, j'ai eu le prélèvement EDF de refusé pour ma maison, et demain on me coupera mon téléphone parce que je peux plus payer mon abonnement. C'est également compliqué pour mes intervenantes, j'ai des femmes seules, pour qui la situation est extrêmement difficile.»

L'agence reste ouverte malgré tout

Malgré cette situation de crise, Agnès et les autres intervenants de l'agence continuent de se lever tous les jours pour aller travailler, pour ne "pas se mettre en faute", dans l'attente d'une décision du tribunal de commerce. Une enquête de police a été ouverte, des auditions ont récemment été menées, l'inspection du travail est également saisie, mais la situation n'est pour l'heure toujours pas régularisée. Une attente interminable pour les salariés face à une précarité qui s'accentue.

"Nous on ne démissionnera pas, ça serait trop facile pour lui. Et puis on y perdrait aussi parce qu'il n'y a pas de raisons qu'on soit sanctionnée nous pour des choses qu'on n’a pas faites. On attend désormais que le Procureur transmette le dossier au Tribunal de commerce et que soit ordonné un tuteur pour qu'au moins nos salaires soient donnés et nos documents pour obtenir l'argent qu'il nous doit. Sans compter des dysfonctionnements au niveau de contrat, je suis responsable de secteur, sauf que je suis payé au prix d'une intervenante sur ma fiche de paye, il y a marqué intervenante sur mon bulletin. On n'a pas non plus les papiers d'affiliation pour la mutuelle. Moi, je suis travailleuse reconnue handicapée, je n'ai pas eu la visite médicale du travail, ni d'aménagement de poste, il y a aucun suivi » déplore Agnès Boucher.

Des clients également touchés par des dysfonctionnements ?

Face à cette situation, les clients sont nombreux à être partis de l'agence. D'autant que selon la responsable de secteur, certains ont dû également faire face à des désagréments avec des doubles prélèvements réalisés par la direction. « C'est également extrêmement compliqué de faire face à la détresse de certains clients qui ont été prélevés plusieurs fois et qui ont une petite retraite. Il y a des clients virulents qui sont venus parce qu'ils étaient très mécontents du double prélèvement. J'étais impuissante face à eux, sans nouvelle de mon directeur. »

"Épuisée moralement et économiquement à bout", Agnès en appelle à une réaction rapide de la justice pour régulariser la situation des onze salariés. 

E.R

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